On décide d’être heureux

 

Ce matin, les garçons du foyer n’ont pas tous leur sourire habituel. Aujourd’hui, à l’école, c’est la remise des bulletins de la première période du semestre, au cours d’une discussion entre le professeur, l’élève et au moins un des parents. Certains sont impatients de découvrir leurs résultats. D’autres, étonnamment, ont une migraine qui les pousse à vouloir rester au foyer. Tous ont cette petite dose d’adrénaline. Ils ne sont pas les seuls. Représentant des enfants à l’école, je joue le rôle de parent à cette réunion et je me demande bien ce que je vais devoir dire.

20171014_103742
Remise des bulletins. Discussion entre le professeur, l’élève et le Mister. Doni, entre désespoir et fatigue.
Avec l’autre volontaire, nous nous répartissons les 34 élèves qui vivent dans notre foyer. Je commence donc seul avec Doni. Le professeur nous prie de la rejoindre à son bureau. Trouvant la situation amusante, je prends cependant l’air le plus sérieux possible, l’attitude d’un père qui se veut autoritaire et responsable devant le professeur.  Le bulletin apparait devant moi. 9 matières sur 12 ne sont pas validées. Des notes catastrophiques en maths, et en anglais. Un bon résultat cependant en religion et en sport.  Le professeur explique son mauvais comportement en classe et son manque de travail personnel évident. Doni n’ose pas trop parler. Quant à moi, j’explique la façon dont il travaille à l’asrama (foyer), et de quelle manière nous pouvons l’aider à progresser. Pendant que nous parlons, je me remémore ces années de lycées où mon bulletin était peut-être pire que celui de Doni. Je me demande bien qui je suis pour être là, à côté de lui…!

Et pourtant, je me rends compte que c’est peut-être là où la mission prend un sens important. Nous sommes comme des parents, ou plutôt des grand frères. Pas seulement un compagnon de foot, mais surtout un éducateur. Pas là pour les occuper pendant quelques jours en leur changeant les idées, mais bien pour participer à leur éducation pendant une année complète. Mettre un cadre dans le foyer (Surveiller et accompagner les temps d’études, organiser la vie pratique du foyer, gérer les temps de détente, etc… ), punir quand il le faut, encourager quand c’est nécessaire, faire en sorte qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-même !

Chaque jour qui passe permet de mieux connnaître les jeunes

Pour qu’une relation de confiance s’installe entre le mister et le jeune, passer beaucoup de temps avec eux est essentiel. Rire avec eux (pas très difficile : ils sont plutôt très drôles), prendre un gamin sur son scooter pour aller faire une course, faire du foot avec eux (plus les jours avancent, et plus ma passion pour le foot grandit !), les aider en anglais ou en maths, cuisiner ensemble (la cuisinière étant souvent malade, il nous faut souvent nous relayer en cuisine), jouer aux cartes,  nettoyer le foyer, … Les enfants prennent le temps de nettoyer le foyer souvent pour la raison suivante : le directeur leur a dit (il y croit fermement) que des fantômes venaient la nuit quand le foyer était sale. Lui-même voit souvent des fantômes devant sa maison.. Une femme avec un bébé notamment… Difficile de rester sérieux quand le directeur vous explique cela. Du coup les Indonésiens laissent les lumières des terrasses allumées toute la nuit pour éviter que les fantômes ne s’approchent… Pas très écolo, mais au moins ils sont protégés…!

Pendant cette année, il faut apprendre à donner une seconde chance à ceux qui nous ont menti, à ceux qui ont volé. Pas facile de re-faire confiance à un jeune qui vous vole de l’argent dans votre chambre. Certes, 15 centimes, mais qui vous le vole quand même !  Apprendre aussi à dire non… difficulté me concernant. J’apprend à être ferme et à ne pas revenir sur mes décisions, chose que j’ai du mal à appliquer aussi…! Les enfants sont tellement compétents pour trouver des raisons crédibles pour me faire changer de décisions  (d’autant qu’ils sont solidaires et s’y mettent à plusieurs) ! Ce sont donc deux domaines que je travaille tous les jours dans cette mission. Ils sont très malins, et un de leurs arguments est de me dire que je connais mal la culture indonésienne, et qu’en Indonésie, on ne fonctionne pas comme cela ou ceci. « Mister, en Indonésie, il faut que tu saches que tu ne peux pas retarder le repas, même si on a pas été sage, cela ne se fait pas ». Au début, on se fait avoir et on s’excuse « Désolé je ne savais pas ». Puis après on se renseigne à l’extérieur du foyer, et on se rend compte qu’on s’est fait avoir ! Pour autant, parfois, notre ignorance de la culture nous fait commettre forcément des erreurs.

IMG-20170930-WA0000
Un samedi soir au foyer. Nous étions 6 quand j’ai commencé à expliquer les règles du jeu de carte « président ».  Seulement 2 ont tenu jusqu’à la fin de mes explications.
IMG_4887
Ménage journalier au foyer. « Biar lembat asal selamat » (Lentement mais sûrement)
IMG_6148
Le temps d’étude : 2 heures par jour. L’occasion pour Arman de prendre la décision, si oui ou non, il doit aller chez le coiffeur.

En route vers le cimetière

Alors que je m’apprête à monter dans ma chambre répondre à ce mail que l’on m’a envoyé il y a un mois déjà, je croise la cuisinière du foyer, âgée de 55 ans, qui me demande de l’accompagner à l’hôpital pour aller payer les frais qu’elle a engagé pour son fils. Nous montons sur le scooter et filons vers cet hôpital, dont j’espère ne pas y entrer cette année en tant que patient. Pas encore arrivé à destination, elle me dit pourtant  : « Gare-toi là, devant le cimetière. C’est ici qu’est enterré mon fils, décédé il y a un an d’un accident de scooter. Il était saoul. ». Je la suis à travers ce cimetière indonésien, où quelques scooters osent se balader parmi les tombes. Les Indonésiens, jamais sans leur scooter, même au cimetière. Nous nous arrêtons devant la tombe de son fils. Elle sort un paquet de cigarette et m’en donne une, avec un briquet. Un peu étonné, je la prends quand même et alors que je m’apprête à la fumer pour suivre la cuisinière dans sa démarche, elle m’indique que je dois la poser sur la tombe, à côté d’autres cigarettes pour réaliser un petit feu. Pour « se souvenir ». Etonnante tradition, personnelle ou locale, je l’ignore. Ses yeux humides se ferment, nous entonnons un Je Vous Salue Marie et repartons vers l’hôpital, laissant le silence combler cet instant.

A la fin du trajet, elle me confie que son seul enfant qui lui reste est très malade. Son mari, lui, est alcoolique. Une femme qui souffre, qui remet tous les jours ses souffrances « dans les bras du bon Dieu » en rejoignant notre Eucharistie quotidienne avec les enfants. Pour autant, son sourire est grand, sa joie simple.

IMG_5625
Ibu Agustina (cuisinière) et Nando, un des enfants du foyer.

Les enfants

Nous avons commencé il y a deux semaines des entretiens personnalisés avec chacun des jeunes. L’idée est de recevoir le jeune sur la terrasse des misters, pendant 30 minutes environ, parfois plus. L’occasion de leur donner des objectifs concrets pour qu’ils s’améliorent, et surtout de connaître leur histoire. C’est comme cela que l’on apprend que certains jeunes ne sont pas rentrés dans leur famille depuis 3 ans (car pas assez d’argent). Ou que certains ne savent pas où est leur père ou leur mère. Ou encore que d’autres sont ici seulement pour avoir des amis, mais viennent de familles assez riches. Quand je prend un peu de recul, je me dit que c’est une chance immense de pouvoir avoir toutes ces discussions en parlant indonésien !

Les enfants du foyer…
Celui qui ment en permanence, celui qui vous dira toujours la vérité.
Celui qui veut partir étudier en France, celui qui pour rien au monde ne quitterait sa petite île natale.
Celui qui vole les crucifix des chambres pour les revendre sur une autre île, celui qui a déjà compris que le vol était à bannir.
Celui qui rigole à vos blagues même quand elles ne sont pas drôles, celui qui ne sourit jamais, même quand vous êtes plutôt content de votre blague.
Celui qui a bien été nourri par ses parents quand il était petit, celui qui est maigre et qui ne prend pas soin des dernières dents qui lui restent.
Celui qui vous pose des questions sur la France et ses coutumes, celui qui ne sait plus trop de quel pays vous venez.
Celui qui essaye de vous apprendre des nouveaux mots en indonésien, celui qui vous dit que votre niveau en indonésien est vraiment pitoyable.
Celui qui se cache pendant le ménage, celui qui va aider les autres dans leurs tâches.
Celui qui veut toujours déjeuner à côté de vous, celui qui vous évite.
Celui qui frappe les autres quand il a un problème, celui qui a juste besoin de parler pour se faire respecter.
Celui qui voudrait que vous soyez comme le mister d’avant, celui qui vous dit que vous êtes son meilleur ami pour toujours.
Celui qui vous dit « Pourquoi tu as amené ta guitare, alors que tu ne joues pas très bien ? », Celui qui vous dit tout le temps « Ganteng Mister, Ganteng  » (Tu es beau Mister)
Celui qui reste dans l’église après la messe pour prier, celui pour qui les temps de prières sont un supplice.
Celui qui est protestant mais qui porte son chapelet en permanence, celui qui est catholique mais qui a des grands-parents musulmans.
Celui qui veut devenir prêtre, celui qui le sera vraiment…

IMG_4615
Wando, protestant, jamais sans son chapelet…. Le mois d’octobre est aussi l’occasion de réciter le chapelet avec les enfants du foyer le lundi et le vendredi.

Quelques visites :

Le foyer a eu la chance d’accueillir quelques personnes de passage :

Florine (à l’époque il y avait des volontaires filles pour le foyer des filles), qui nous a ramené du vin, du fromage et du saucisson et nous a donné beaucoup de conseils sur la mission.

Le dénommé « Coco », que j’ai pu rencontrer dans ma promotion de moyenne section en maternelle, est venu se plonger dans la vie de volontaire pendant une semaine ! Il a très vite accroché avec les jeunes, notamment par des démonstrations de danses, et a pu créer des liens avec la communauté locale ! Lui, en revanche, n’a ramené ni vin, ni chocolat, ni saucisson, ni fromage.

IMG-20170919-WA0000
Coco au contact de la population locale de Tanjung Pinang

Thibault, lui, jeune cadre dynamique à Singapour, est venu pendant un week-end et a impressionné tous les indonésiens (plutôt petits) du haut de ses 2 mètres. Après de nombreux selfies demandés par les locaux, il a pu se libérer du temps pour une démonstration de basket.

Le père Nicolas de Francqueville, ancien volontaire dans le foyer il y a 10 ans… et maintenant prêtre pour les MEP à Hong-Kong ! La vocation des prêtres MEP est d’être missionnaire dans un pays qu’ils ne choisissent pas…! Etonnant choix de vie, mais qui porte du fruit là où ils sont envoyés. Il a pu montrer ses talents de jongleur aux enfants et nous a célébré une messe en Français, grand luxe !

IMG-20170930-WA0001 (1).jpg
Le père Nicolas (en arrière plan), Baudouin et le reste du foyer !

Mélange de religions…

Nous sommes dans cette ville 7 % de chrétiens, dont 3 % de catholiques. Notre foyer accueille 1/4 de garçons protestants.  Ils suivent tous les offices catholiques de notre quotidien.  Il y a aussi un certain nombres de bouddhistes dans la ville, car une importante communauté chinoise est présente. Sinon, tout le reste de la population est musulman. Nous sommes ici dans une partie de l’Indonésie où la charia n’est pas appliquée (contrairement à d’autres endroits du pays, près d’Aceh notamment). Les relations entre les différentes religions se passent donc très bien aux alentours de la ville où je vis. D’ailleurs, il n’est pas rare d’avoir des mariages entre personnes de différentes religions. J’étais notamment un peu surpris quand j’ai diné chez le responsable des écoles catholiques du diocèse, croyant catholique très convaincu, qui m’a présenté sa femme, voilée, musulmane convaincue aussi…! En tous cas, c’est très intéressant d’être dans un pays où tout le monde est croyant. Un athée ici se sentirait mal à l’aise et serait incompris de ses voisins. Bien différent des pays européens où beaucoup d’hommes ont tendance à oublier Dieu !

Nous avons eu l’occasion de participer aussi à plusieurs fêtes locales, défilés, etc…

IMG_6447-001
Une troupe scoute en sortie fin octobre. Au même moment, 2 000 routiers marchaient vers la basilique de Vézelay.
IMG_6464.JPG
Concentration maximale lors du défilé de la ville de Tanjung Pinang
IMG_5493.JPG
Le marché est aussi un lieu de rencontre vraiment sympathique ! Il faut toujours sentir les oignons avant de les acheter. Dans la mesure du possible, apprendre aussi à « écouter » le légume.

Lieu de ressourcement

Une amie me disait que nous devons tous avoir un lieu de ressourcement dans notre vie,  que ce soit en France ou en mission à l’étranger. Quand je sens que je perd patience avec les enfants, que je suis moins disponible, moins souriant, alors je m’en vais, vers un autre décor, vers un lieu de ressourcement où je peux être seul. Pour certains, ce sera une église, pour d’autres une montagne,… Pour l’instant, le mien est cette petite île située à 15 minutes en barque de notre ville. Une petite île peu peuplée avec un silence absolue et nécessaire pour penser à autre chose. Ces moments de solitude, les indonésiens ne les cherchent pas forcément. Ils n’ont pas du tout l’habitude d’être seul. Où qu’ils aillent, il faut toujours qu’ils soient plusieurs !

IMG_6066
« Le silence est la plus grande liberté de l’homme. Aucune dictature, aucune guerre, aucune barbarie ne peut lui enlever ce trésor divin. » Cardinal Robert Sarah. Direction l’île de penyengat !

On prend la décision d’être heureux

Une année de mission est remplie de palier où l’on avance sur des points personnels, où l’on découvre des éléments qu’on ne connaissait pas. Il y a des phases qui nous permettent de débloquer certaines difficultés.

Avant de partir en mission, on se dit, qu’enfin, on va pouvoir se donner à fond pendant un an. Car en France, avec les études, le travail, les amis, on avait pas trop le temps… Enfin, nous y voilà ! On débarque en Indonésie. On est touché par la simplicité de ce peuple, le sourire, la joie, l’optimisme quant à l’avenir… On est heureux de quitter son confort même si cela nous coûte… On apprend vite la langue pour faire partie de la population locale, car on a envie de comprendre et d’être compris… On a envie de tout donner à ceux qui nous accueillent, d’aider tous ceux que l’on croise…

Puis un jour, on doute. On voit les premières difficultés que l’on va rencontrer régulièrement pendant l’année, celles auxquelles on ne s’attendait pas forcément… On se dit que finalement on n’était peut-être pas fait pour une mission d’éducation… On se dit que les jeunes qui nous sont confiés ne sont peut-être pas ceux qui nous correspondent… On aurait aimé être au côté d’enfants encore plus pauvres, encore plus difficiles, car on s’était imaginé une vision différente du volontariat… On se dit que passer presque toute sa journée avec ces mêmes enfants nous prive d’autres rencontres que l’on pourait faire… On se dit que tout compte fait, on aurait mieux fait de partir avec une autre association… Qu’on aurait du monter soi-même son projet humanitaire… On regrette d’avoir fait pleinement confiance en la providence en ne choisissant rien. On se dit quand même que la mission est belle, mais qu’il y a quelques éléments, parfois bénins, qui nous empêchent de nous donner à fond et d’être heureux. On se dit que l’Indonésie est magnifique, que les habitants ont une joie extraordinaire, mais on prend quand même son calendrier, et on regarde combien de temps il nous reste encore à tirer ici. On se dit qu’avec les quelques vacances, finalement ça va passer vite. On regarde ses photos de vacances des années passées. On pense à son fromage et sa baguette. On pense surtout à l’année d’après. On se renseigne sur les associations dans lesquelles on va pouvoir s’engager quand on retournera en France…

Et on se dit que, vraiment, l’année prochaine, on sera à 100% et on sera heureux, parcequ’on pourra choisir et que ce sera différent. Mais aujourd’hui, c’est un peu compliqué et pas trop possible. Car tout n’est pas comme prévu….

Puis le temps passe… On prie… On lit… On réfléchit… On parle…

Puis, on prend conscience de l’absurdité de notre raisonnement. Pourquoi je cherche à être heureux ailleurs et plus tard ? Si même en partant à l’autre bout du monde pendant un an en étant au service, je n’arrive pas à être heureux et à me donner à fond, où et quand je le serai ? On prend conscience alors que jamais dans la vie, quand on donne de son temps, cela ne se passe comme prévu, qu’il y a toujours des difficultés, aussi petites soient-elles.

« On n’y peut rien, les choses ont été ainsi faites. Mais ce qu’on peut c’est accepter. Car là même où l’on n’y peut rien, on ne veut pas rien. On ne peut retoucher le réél, le modeler à son désir. Du moins peut-on l’aimer comme il est. Etrange et extraordinaire pouvoir que de faire sienne une chose sans se l’approprier. » (Petit traité de la joie, Martin Steffens)

Alors on prend une grande décision : on décide d’être heureux. Maintenant, à partir de ce matin. Pour toujours. Et ca change tout ! Alors on lève les enfants d’une autre manière, avec le sourire de celui qui est heureux de cette décision qu’il vient de prendre. Alors on va sur le marché en se rendant plus disponible que la veille avec les gens que l’on croise, avec ces vendeurs et vendeuses qui pourtant n’ont pas attendu que vous ayez décidé d’être heureux pour vous sourire. Alors on décide d’écouter vraiment ce jeune qui veut vous confier ses problèmes d’intégration dans le foyer, et pas de botter en touche. Alors on va à la messe d’une autre manière, en se disant que c’est le moment central de la journée qui nous donnera la force de vivre pleinement ce jour. On décide de vivre la vraie charité, celle qui « consiste à révéler à l’autre qu’il est beau ». On décide d’exercer cette charité, non seulement avec les enfants, mais aussi et surtout avec ceux qui sont les plus proches de nous (directeur, volontaire, etc…), parceque ce sont ceux qui partagent notre quotidien qui sont témoins, avant même les jeunes, de notre façon de vivre en charité. Alors on apprend à écouter et à se taire :

« Il faut apprendre à se taire pour écouter. La barrière de la langue aide me diras-tu. Apprends aussi à te taire intérieurement. Si tu gesticules, que tu arrives avec tes grandes idées pour changer le monde, tu risques de ne laisser aucune place à celui qui est en face de toi et qui n’a pas besoin d’une nouvelle maison mais plus d’une oreille attentive, d’un compagnon de jeu, d’une attention particulière. Tu risques de passer à côté de ton prochain, sans le voir. Oui, il faut une certaine humilité pour accepter de se taire ; et cette humilité portera beaucoup d’autres fruits. » Extrait d’une lettre des MEP pour les volontaires (octobre 2017)

On rend grâce à Dieu pour ces situations où l’on n’est pas à l’aise, pour ces conversations où l’on ne comprend pas tout, pour cet exercice d’Anglais que l’on a essayé d’expliquer mais que l’on sent bien qu’il n’en restera pas grand chose. On prend patience quand on attend cet Indonésien qui vous avait pourtant dit qu’on avait rendez-vous aujourd’hui, mais qui sans doute a du prolonger sa sieste. On rend grâce pour ce riz qu’on a déjà vu la veille, et qui sera probablement là aussi demain au petit-déjeuner. On décide de vivre pleinement ces parties de sport, ces moments d’études, ces discussions avec les jeunes. On arrête de penser à autre chose quand on leur parle. On se dit surtout qu’on peut finalement peut-être apporter quelque chose aux jeunes s’ils nous voient heureux.  On essaye d’être un exemple. On fait confiance à la providence pour apprendre à aimer les gens qui nous accueillent.

« Tu n’as pas choisi ceux qui t’accueillent aujourd’hui. Apprends à les aimer, choisi de les aimer, dans les activités du quotidien, l’épluchage de légumes, la comptabilité, le match de foot du soir, les soins que tu leur donnes, ou le cours d’anglais. Tu es envoyé par les MEP et par l’Église. Tu es donc témoin de ta foi. « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’Amour que vous aurez les-uns pour les autres. »  »  MEP

On se rend tout de même compte qu’on est fatigué, car on a envie de donner beaucoup. On se dit qu’on dormira quand on rentrera en France ? Non. On part se reposer maintenant. Car en France, il faudra essayer de se donner de la même manière, en permanence. Alors c’est maintenant qu’il faut trouver l’équilibre. Sinon on ne dormira jamais !

On apprend à vivre le jour d’aujourd’hui. On s’inspire de ce peuple Indonésien otpimiste, qui ne se soucie jamais du lendemain, qui sourit. On s’endort enfin après une journée où on est fier d’avoir pris cette décision, mais on se demande quand même si ca vaut le coup. Alors on se dit qu’il falloir re-décider tous les jours d’être heureux, que ça va être difficile mais que le jeu en vaut sûrement la chandelle.

« Décide-le tous les matins et la journée sera plus belle ! Et si c’est plus dur, si tu sens le découragement planer ? … La réponse tient dans un paradoxe : louer Dieu même si ta situation te semble à 100 lieues de la louange » MEP

Avant d’entrer dans son sommeil profond, on repense à cette prière probablement encore collée sur le frigo famillial en France… Et qui prend du sens à 11 000 km de là…

« Vis le jour d’aujourd’hui,
Dieu te le donne, il est à toi.
Vis le en Lui.

Le jour de demain est à Dieu
Il ne t’appartient pas.
Ne porte pas sur demain
le souci d’aujourd’hui.
Demain est à Dieu,
remets le lui.

Le moment présent est une frêle passerelle.
Si tu le charges des regrets d’hier,
de l’inquiètude de demain,
la passerelle cède
et tu perds pied.

Le passé ? Dieu le pardonne.
L’avenir ? Dieu le donne.
Vis le jour d’aujourd’hui
en communion avec Lui.

Et s’il y a lieu de t’inquiéter pour un être aimé,
regarde-le dans la lumière du Christ ressuscité. »

Augustin

Volontaire MEP
http://www.mepasie.org/
Soutenir la mission en donnant en ligne aux MEP : https://goo.gl/G8TKyu

https://missionindonesie.wordpress.com/

Publicités